Un soir, à Büdingen, pendant un enregistrement, des colonnes de chiffres passent. Hans Otto König les note sans les comprendre. Il faudra du temps avant qu’il saisisse ce qu’on lui a donné : six longueurs d’onde, en nanomètres, précises à la décimale.
« Hör zu : 935,5 937,8 927,2 948,1 934,2 928,3 nm »
Il les a adoptées. Elles ont, dit-il, amélioré la communication et allongé la durée pendant laquelle le pont tenait. Voilà l’idée la plus singulière de tout le livre, et elle n’est pas une anecdote, elle est structurelle : les appareils de König ont été réglés par ceux qu’ils servent à entendre. La quatrième de couverture le dit sans détour, « Guidé par ces voix venues de l’au-delà, Hans Otto König va développer plusieurs nouveaux appareils de prise de contact ». Un chapitre entier de l’ouvrage s’intitule « une enquête menée en collaboration avec le monde spirituel », et un autre « Six fréquences significatives ».
Ce que contient le livre
Trois parties, encadrées d’une préface et d’un prologue, closes par un épilogue et des remerciements.
La première (p. 18 à 69) est un portrait, « le parcours d’un chercheur hors du commun ». Cinquante-deux pages, presque le quart du volume, découpées en sous-chapitres qui ne sont pas des étapes de travail mais des vertus : la force du lien intérieur, la force d’un esprit libre, la force de la vision intérieure, l’amour et le respect de la nature, l’amour de la musique, la passion de la technique et de la physique, la soif de savoir. Puis viennent onze sections sur « le temps de la recherche », dont une question éthique fondamentale et de grands doutes, plusieurs attaques, un chemin solitaire, la rencontre avec le monde des médias, la rencontre avec le monde de la science. C’est de l’hagiographie, au sens neutre. Le lecteur qui vient pour les machines doit le savoir avant d’ouvrir.
La deuxième (p. 70 à 145) est le cœur technique. Elle raconte les premières voix reçues par les méthodes conventionnelles, la question de savoir qui ou quoi impressionne la bande, puis le passage à ce que König appelle la recherche fondamentale, la recherche « d’autres mondes vibratoires », et enfin le catalogue des appareils. Huit chapitres, dans cet ordre : les deux principes fondamentaux du pont de contact (p. 106), l’invention du système multi-oscillations (p. 109), les six fréquences significatives (p. 111), le système infrarouge (p. 118), le système à laser à rubis (p. 122), le générateur TV (p. 124), le système HRS fondé sur des cristaux (p. 132), le système UDS, dit système en direction universelle (p. 138). Le générateur TV, le HRS et l’UDS reçoivent le plus de pages, huit, six et huit. Le livre penche donc du côté des dispositifs tardifs et visuels, et non du générateur acoustique historique.
La troisième (p. 146 à 205) donne les messages. Deux volets. D’abord « qui parle donc ? », avec les défunts, le monde animal, des êtres extraterrestres, et la question de savoir si l’on peut entrer en contact avec tout être vivant d’univers invisibles. Ensuite « que nous transmettent-ils ? », onze sections dont les titres sont eux-mêmes des messages reçus.
Les machines, et comment elles fonctionnent
Je ne restituerai pas ici, de mémoire, le détail des pages 106 à 145. Ce que je peux donner avec certitude vient d’ailleurs, des schémas que König a publiés lui-même dans sa revue Die Parastimme, repris et commentés par Hildegard Schaefer.
Le générateur à ultrasons est en deux moitiés. Côté émission, trois générateurs de base produisent chacun un signal carré, choix délibéré puisque c’est la forme d’onde la plus riche en harmoniques. Un mélangeur délimite une bande, trois générateurs de balayage la parcourent en synchronisation absolue, un amplificateur haute fréquence envoie le tout dans un circuit résonnant qui rayonne la pièce. Côté réception, un préamplificateur, un démodulateur, un filtre paramétrique, un magnétophone stéréo. Oscilloscope et enregistreur graphique suivent les deux voies en parallèle.
Le principe revendiqué est beau et simple. Deux champs de vibration se rencontrent, celui de l’appareil et celui qui vient d’ailleurs, et de leur battement naît une troisième fréquence, la fréquence d’interférence, tenue pour le porteur réel de l’information. Le démodulateur va la chercher. Tout le dispositif ne sert donc qu’à offrir un champ synthétique sur lequel un autre champ viendra battre. C’est exactement ce que veut dire l’expression « pont de contact ».
Le système infrarouge est du même esprit. Un émetteur rayonne six fréquences vers un récepteur placé à deux ou trois mètres, les valeurs reçues sont transposées vers le bas en sept étages, le signal différentiel est démodulé puis renvoyé sur un petit émetteur à 37,5 MHz, un récepteur accordé le reprend, et la voix démodulée est réinjectée dans l’émetteur infrarouge. Cette boucle est présentée comme ce qui donne au dispositif sa stabilité.
Il y a aussi tout le petit matériel, et c’est là qu’on voit l’homme qui construit vraiment. Un générateur de champ à impulsions rectangulaires couvrant de 2,5 kHz à 1700 kHz. Un mini-générateur de la taille d’un briquet, répulsif à ultrasons du commerce modifié, qu’il conseille de disposer en plusieurs exemplaires à distances inégales puisque chacun siffle légèrement différemment. Un filtre paramétrique à trois boutons, de 30 Hz à 18 kHz, plus ou moins 15 dB, largeur de bande réglable de qualité 1 à qualité 20. Un préamplificateur de micro à deux étages, gain 126, rapport signal sur ronflement supérieur à 70 dB. Des valeurs publiées, des schémas ouverts.
Une condition, enfin, que König pose noir sur blanc : la disposition intérieure de l’opérateur compte, sa structure de pensée doit entrer en résonance avec le plan visé, et l’état alpha est nommément requis. L’homme n’est pas hors du montage, il en est une pièce.
Le 6 novembre 1982, au symposium du VTF à Fulda, l’appareil est présenté en public. Le 15 janvier 1983, il passe en direct dans l’émission de Rainer Holbe sur Radio Luxembourg. Les réponses de ce soir-là sont restées : « Versuch ! » (essaie), « Wir hören Deine Stimme » (nous entendons ta voix), et enfin « Otto König macht Totenfunk », littéralement Otto König fait de la radio des morts. Le mot était un néologisme. C’est lui qui a fait le bruit.
Les messages, et une découverte en les lisant
Onze titres de chapitres sont mis entre guillemets par le livre lui-même, ce qui en fait les phrases que les auteurs ont choisi de mettre en avant. Cinq des sept que j’ai sous les yeux commencent par le même impératif, Höre zu, écoute.
« Écoute ! Dis à tous les hommes que nous vivons. » (p. 165) « Écoute : tout est Un. Comprenez ! » (p. 172) « Écoute : le lien est important ! » (p. 174) « L’amour est la vie pour toujours ! » (p. 181) « Écoute ! La mort est la naissance d’une nouvelle vie ! » (p. 184) « Écoute ! Votre incarnation n’est pas liée à votre planète. » (p. 196)
Suivent « la représentation domine », un monde à plusieurs plans vibratoires, l’homme qui n’est pas le couronnement de la création, et un avertissement doublé d’un message d’espoir.
En recoupant ces titres avec la littérature TCI des années 1980, on tombe sur quelque chose. Plusieurs d’entre eux sont des messages déjà publiés trente ans plus tôt, parfois mot pour mot. « Liebe ist Leben für immer » a été reçu au symposium de Boppard à l’automne 1985. « Sagt allen Menschen, dass wir leben » vient d’une émission de télévision, Luxembourg 1987. « Eure Inkarnation ist nicht an euren Planeten gebunden » se retrouve à l’identique. La troisième partie n’est donc pas un recueil récent, c’est la mise en forme d’un corpus constitué entre 1982 et 1989, et repris ici comme charpente. Ce n’est ni un reproche ni une révélation, c’est une donnée de lecture qu’il vaut mieux avoir avant d’entrer dans le livre.
Deux voix, pas à parts égales
Sur la page de titre, l’ordre est Wauters, puis König, et c’est ainsi que la BnF l’enregistre. Presque toutes les mentions du livre inversent les deux noms. Anna Maria Wauters est professeur de lettres et thérapeute, collaboratrice de König depuis huit ans au moment de la parution. Une littéraire tient donc la plume sur un technicien qu’elle accompagne, ce qui explique le portrait initial, le lyrisme des sous-titres, et la place donnée aux messages sur la place donnée aux schémas.
Le ton relève autant de la consolation que de l’exposé. L’éditeur l’écrit ainsi : « De lumineux messages d’espoir, mais aussi des avertissements envoyés par le monde spirituel, nous rappelant que la vie est une aventure de la conscience beaucoup plus vaste qu’on ne l’imagine. » Le livre s’adresse d’abord à des gens qui ont perdu quelqu’un. Il a paru chez un éditeur d’ésotérisme et la BnF le classe en 133.9. On sait dans quel rayon on entre.
Il y a une curiosité bibliographique que je n’ai pas su trancher. La BnF porte « traduit de l’allemand » sur l’édition française de 2016, alors que la Deutsche Nationalbibliothek code exactement l’inverse sur l’édition allemande de 2018, et donne comme titre d’œuvre Nouvelles découvertes sur l’au-delà. Les deux notices se contredisent, et la chronologie va dans le sens des Allemands.
Ce que j’en ai gardé tient en une phrase. Un homme a passé des décennies à fabriquer, tout seul, des instruments capables de capter ce qu’aucun micro ordinaire ne capte, et il a accepté que l’objet de sa recherche vienne régler l’instrument lui-même. Je n’ai jamais réussi à l’intéresser à ce que je fais avec les plantes et avec les pierres. C’est mon plus grand regret.
Lu en février 2018. Fiche écrite en 2026.

