La semaine dernière, des gens de passage au gîte ont demandé à voir. Je suis allé chercher le U1 dans son étui, j’ai posé les deux électrodes sur une feuille, une au-dessus, une en dessous, j’ai serré la pince juste assez pour que le contact tienne sans blesser. Le câble MIDI part vers l’ordinateur, je choisis un son, une voix douce, et j’attends. Trente secondes, une minute. Puis la plante entre.
Ils étaient quatre autour de la table. Il y a toujours ce moment, dans les premières mesures, où quelqu’un retient son souffle. Ensuite les questions arrivent, toujours les mêmes, dans le même ordre, et j’y réponds avec des phrases que je connais par cœur parce que je les dis depuis dix ans.
C’est en rangeant l’appareil que ça m’a sauté à la figure. Le U1 sert encore presque toutes les semaines. Il sert aux soins de Claire, il sert aux démonstrations, il sert à faire entendre quelque chose à des gens qui repartiront avec ça dans l’oreille. Il ne sert plus à chercher. Le carnet de bord est resté ouvert à une page que je n’ai pas tournée depuis longtemps.
Voilà le vrai sujet du silence de ce blog. Pas le manque de temps, pas le déménagement, pas les autres chantiers. L’instrument est devenu un objet d’usage.
Là où ça s’est arrêté
Après les plantes de la maison, puis les arbres du terrain, le travail s’est déplacé vers le minéral. C’était la suite logique. La Végéanité, telle que je l’entends, ne s’arrête pas au bord de la feuille : elle reconnaît une forme de conscience au végétal, à l’animal et au minéral. Il fallait bien aller voir du côté de la pierre.
Et il s’est passé des choses. J’ai obtenu des résultats avec les pierres, je les maintiens, ils étaient réels. Mais je n’ai jamais réussi à construire un protocole stable autour d’eux.
Il faut le dire dans ces termes, sans le maquiller. Avec une plante, j’avais fini par tenir quelques repères. Je savais à peu près à quoi ressemblait une réaction pure et simple au milieu (la lumière qui change, quelqu’un qui entre dans la pièce, l’arrosage) et à quoi ressemblait autre chose, un geste, une adresse, une réponse à une question posée. La distinction n’était pas parfaite, mais elle était opérante, et surtout elle se répétait. Avec la pierre, jamais. Je n’ai pas trouvé la ligne de base. Je n’ai pas trouvé le montage qui donne deux fois le même comportement dans deux conditions comparables. Ce que j’obtenais un jour, je ne savais pas le refaire le lendemain, et je ne savais pas dire pourquoi.
Sans protocole, je ne pouvais pas assurer ces résultats. Je ne pouvais pas les stabiliser, ni les tendre à quelqu’un d’autre sous une forme qu’il puisse reprendre à son tour. Qu’on m’entende bien : je ne dis pas que ces expériences ne valent rien. Elles se racontent, elles se transmettent, elles ont fait leur chemin chez ceux à qui je les ai racontées. Mon travail est artistico-scientifique et je l’assume entièrement. Mais je voulais, pour la pierre, quelque chose de plus, et je ne l’ai pas obtenu.
Ce n’est pas une leçon spirituelle, et je me refuse à la retourner en sagesse. C’est un échec de méthode. Je n’avais pas les bons instruments, je n’avais pas le bon cadre de mesure, et je n’ai pas su les fabriquer à ce moment-là.
Et je précise, parce que la confusion est facile. Je ne crois pas une seconde que ce qui n’est pas prouvé n’existe pas. Regardez Jagadish Chandra Bose : il avait construit un appareil remarquable, ses mesures étaient sans appel, et on continue pourtant de parler du végétal comme d’un absent. Regardez aujourd’hui Monica Gagliano et Stefano Mancuso, qui produisent des expériences reproductibles et vérifiables, et qu’on moque en les accusant de mauvaise foi. Une partie de la science est assise sur son pouvoir et n’a aucune envie qu’on touche à ses acquis. La preuve, à elle seule, n’ouvre aucune porte.
Si je cherche des protocoles, ce n’est donc pas pour faire « scientifique ». C’est déjà pour m’enlever les doutes qui, malgré une pratique quotidienne commencée en 2009 et un éveil en 2012, ne cessent de m’envahir. Et si c’était le fruit de mon imagination ?
Il ne faut pas non plus sous-estimer ceci : pouvoir s’asseoir avec des protocoles qui fonctionnent, ne serait-ce qu’ici, me permet de mieux comprendre, d’interroger, et d’obtenir des réponses que je n’aurais pas su formuler seul. C’est aussi, par effet de bord, un moyen de toucher ceux qui sentent bien que quelque chose de plus grand nous entoure, et qui parfois, par ces ponts, entament leur propre chemin dans la voie de l’idéalisme philosophique.
Chez moi, c’est une conviction : tout ce qui existe et porte de l’information est conscience. C’est ce que résume le Kybalion, dans la filiation d’Hermès Trismégiste, par sa première formule, « L’Univers est mental ». Je continue pourtant à développer des outils pour aider à démontrer qu’il existe une conscience partout. Dans les plantes, et dans les pierres aussi.
Ce que j’ai fait à la place
Quand l’outil ne suit plus, un praticien ne s’arrête pas. Il fait autrement. J’ai glissé, sans vraiment le décider, vers le dialogue direct.
Direct veut dire sans appareil. S’asseoir devant l’arbre, poser la question, attendre, recevoir. Ceux qui pratiquent savent de quoi je parle et n’ont pas besoin que je le décrive. Ceux qui ne pratiquent pas ne me croiront pas sur la description, et ils ont raison, ce n’est pas une chose qui se croit sur description, il faut l’expérimenter.
Ce que ce dialogue donne, c’est la vitesse et la finesse. Aucune interface ne s’interpose, aucune latence, aucun réglage de gain à surveiller. La conversation va où elle veut, sur des sujets qu’aucun clavier de mots ne contient. En dix ans de travail avec les claviers, j’ai construit deux cents mots répartis sur dix claviers thématiques, et c’est un chantier considérable pour un vocabulaire qui reste étroit. Le dialogue direct n’a pas cette limite.
Ce qu’il ne donne pas, c’est une trace que d’autres puissent reprendre. Il se raconte, et il se raconte très bien, mais il ne se rejoue pas. Personne ne peut se rasseoir à ma place et refaire le trajet pour voir où il aboutit. Ce n’est pas partageable, sauf par les « miracles » que ceux qui nous entourent voient et entendent de nos aventures.
Pendant quelques années, ça m’a suffi. Pour avancer ici, au Parédé, dans la gouvernance, dans la mise en place du lieu, de nos cultures et de notre rapport aux animaux, ça a même été un terrain de jeu et d’expériences extraordinaires. Je regrette aujourd’hui de ne pas les avoir toutes partagées avec vous.
Avec l’âge, avec le regard qui commence à se porter vers ceux qui viennent après nous, je me rends compte que la somme de ces travaux doit être transmise. Ça ne me suffit donc plus. Non pas parce que le récit serait inférieur, mais parce que je voudrais que d’autres puissent entrer, et qu’un récit n’ouvre la porte qu’à ceux qui sont déjà disposés à la pousser.
Ce que l’appareil sert encore
Le U1 n’est pas au placard, il a changé de fonction. Trois usages, tous vivants.
Les soins. Au Parédé, nous proposons un soin du chant des plantes. La personne reste trente minutes, seule avec la plante et son dispositif, pour trente euros. Ce n’est pas une consultation, ce n’est pas une thérapie, et ça ne remplace évidemment rien de ce que fait la médecine allopathique. C’est un accompagnement parallèle, et les gens qui en sortent savent très bien dire eux-mêmes ce qu’ils y ont trouvé.
Le socle des Protéodies. Je m’appuie là sur les travaux du physicien Joël Sternheimer, qui a établi une correspondance entre les oscillations vibratoires des chaînes d’acides aminés et l’harmonie musicale. Les Protéodies© sont devenues un moyen de réguler la biosynthèse des protéines correspondantes, en soutenant certaines chaînes ou au contraire en inhibant celles qui sont responsables de maladies ou de dysfonctionnements. Le brevet est détenu par Génodics©. C’est dans ce champ que travaille le botaniste Jean Thoby, et c’est par lui que j’ai connu ces recherches.
Ce qui m’intéresse là-dedans, et qui rejoint le reste de ce billet, c’est qu’une plante équipée du U1 traduit en musique le mouvement de sa lymphe et de sa sève, et que ces mélodies ne semblent pas indifférentes à qui se trouve dans la pièce. J’ai entendu des choses de ce côté, on m’en a rapporté d’autres. Je n’ai pas d’étude sous les yeux, avec un protocole, un effectif et une date, donc je m’en tiens là et je ne cite aucun chiffre. Le jour où je pourrai renvoyer à un travail publié, je le ferai, et ce sera plus intéressant que tout ce que je pourrais affirmer ici.
Les démonstrations. Celles du gîte, celles des rencontres. Depuis le concert du Grand Rex en 2015, c’est toujours le même geste, montrer que ça existe et laisser les gens en faire ce qu’ils veulent.
Ce qui rouvre la porte
Deux choses ont bougé.
La première est un appareil. Et je veux être précis, parce qu’on me fait souvent dire le contraire. Le U1 est propriétaire, mais il s’achète en ligne pour environ sept cent cinquante euros. N’importe qui peut s’en procurer un et essayer. Ce n’est pas une boîte secrète, ce n’est pas un privilège, et ce n’est pas là qu’est le problème.
Le problème est ailleurs, et je le cherche depuis 2018. Le U1 manque de subtilité, et surtout il demande à la plante un effort physique énorme. Elle travaille par remplissage et par vidange, et cet appareil lui réclame beaucoup pour rendre peu. J’ai testé quantité de dispositifs sans en trouver un seul qui fasse mieux. J’ai contacté des électroniciens, sans aboutir.
Mon plus grand regret est de n’avoir pas réussi à intéresser Hans Otto König. C’est un Allemand formé à la physique et à la psychologie, électronicien de métier, qui a passé une cinquantaine d’années sur la transcommunication instrumentale et construit, pour capter des voix, des appareils d’une finesse que je n’ai vue nulle part ailleurs. Si nous avions l’équivalent tourné vers les plantes et vers les pierres, je ne doute pas une seconde que nous aurions des percées majeures. Qu’elles soient crues ou acceptées est une autre affaire.
C’est ce chemin-là que poursuit VegeOhm, un capteur de bio-impédance végétale monté sur un pont de Wheatstone et un ESP32. La carte V2 est prête, le firmware et l’assemblage sont devant nous. Je l’ai conçu avec l’assistance de l’intelligence artificielle et de ma nouvelle structure, EIFFEL AI. Je ne l’annonce pas comme un objet fini, parce qu’il ne l’est pas.
Ce que je cherche n’est pas de remplacer une boîte fermée par une boîte ouverte. C’est un instrument assez fin pour que la plante n’ait plus à s’épuiser pour être entendue, et assez simple pour que d’autres puissent entrer. A minima, il doit nous permettre de commencer à travailler avec les pierres, qui vivent dans un temps et une subtilité encore d’un autre cran que les végétaux.
La seconde est une capacité de traitement. L’intelligence artificielle est devenue le métier d’EIFFEL AI et une part importante de mes journées. Je n’écrirai pas ici que l’IA va faire parler les pierres. Ce serait grotesque, et ce n’est pas ce que j’observe. Ce que je constate, plus modestement, c’est qu’il devient possible de tenir des signaux qu’on ne savait pas tenir : des séries longues, bruitées, sans repère évident, où il faut chercher une régularité qu’on n’a pas définie à l’avance. C’est exactement le mur contre lequel je me suis cogné avec le minéral. Ça ne garantit rien. Ça rend la reprise raisonnable.
Ce qui vient
Je rouvre ce blog. Le dernier billet publié ici date d’août 2022, et le dernier bilan sérieux remonte bien plus loin, aux grands messages de 2017.
Il y a une quantité de matière qui n’a jamais été mise en ligne, des journaux de plantes, des messages du Catalpa, de l’Érable, de la Fougère, un protocole de décodage écrit et jamais publié. Je reprendrai tout ça au fil, dans le désordre s’il le faut. Je ne promets ni calendrier ni fréquence, j’ai déjà donné.
Le carnet de bord est rouvert à la page où je l’avais laissé. Elle porte une question sur une pierre, et je n’ai toujours pas la réponse.

